LE GUÉRISSEUR TAMOUL.
CHAPITRE
1
Adrien prenait beaucoup de précaution et faisait tout ce qu'il pouvait pour éviter de blesser l'ego sur dimensionné de ces tamouls vivants en autarcie au côté de leurs voisins. Et, c'était ainsi qu'il entendait gagner un peu de leur confiance et de pouvoir pénétrer leur intimité. Mais la méfiance et la haine accumulées durant autant d'années contre ces prétendus nègres marron inférieurs aux tamouls ne pouvait diminuer l'ego d'Indra. Car, à la minute même où il découvrit la présence de la pancarte accrochée à l'écorce du poirier que la colère gronda en lui et le poussa à retourner là-haut pour une explication musclée avec Hildevert : " Monsieur, lui dit-il, vous êtes arrivé ici la semaine dernière et vous aviez dit à mon père que vous êtes un tamoul arrivé depuis trois jours seulement de votre île de Haïti, où votre grand-père serait soi-disant grand-prêtre tamoul. Mais je dois vous avouez que je m'inscris en faut dans votre histoire de nègre marron qui se prend et qui se supérieur et plus malin que nous autres tamouls. Et de quel droit et à qui avez-vous demander la permission de clouer votre sale pancarte sur mon arbre ?...D'autre part comment cela soit possible que vous êtes arrivé depuis seulement dix jours sur ma propriété et que vous avez déjà en votre possession une si belle jument, monsieur Hildevert, si c'est là votre vrai prénom." - Monsieur Indra, je ne vous ai pas demandé la permission de mettre ma pancarte sur votre arbre et je comprends tout à fait votre colère, car en tant que tamoul, je pensais bien faire et je vous demande pardon. Mais en ce qui concerne ma jument, je dois vous dires que cette pauvre bête si intelligente et de caractère si doux n'est non pas seulement ma monture, mais aussi ma mère et toute ma famille que j'aie ramenées avec moi de Haïti, voilà tout ce que je peux vous dires, monsieur Indra. Lui avait dit Adrien pour sa gouverne. Et, il continuait à rester discret afin de ne donner aucun indice aux tamouls au sujet de ses intentions réelles comme le fit autrefois ce monsieur Odilon. Par exemple: Pour les observer lorsqu'ils par petits groupes de trois, de quatre...ou individuellement au crépuscule du matin et du soir dans le ruisseau, il évitait d'aller s'accouder à la fenêtre de la cuisine de sa case pour les mâter comme le faisait autrefois le défunt monsieur Kébwa pour les provoquer. Mais, il allait se cacher derrière l'écorce d'un énorme arbre à pain qui penchait au-dessus du ruisseau. Et, en les observant, il avait fini par remarquer que ni le vieux tamoul ni Indra et ni la vingtaine de femmes de tout âge qui descendaient par petit groupe se laver dans le ruisseau n'ôtait jamais leurs vêtements. Et, ce qui avait particulièrement attiré son attention était le rituel de ces deux jeunes garçons tamouls qui devaient avoir 12 et 15 ans. Ils descendaient séparément et chacun son tour et se croisaient sans jamais se parler ni même se jeter un seul regard. Celui qui semblait être le plus âgé des deux descendait toujours le premier et à 5h30, tandis que le second qui lui semblait plus jeune descendait lui à 6h00 quand le premier remontait du ruisseau. Et, dés que ce garçon entrait dans le bassin du ruisseau retenu par quelques gros rochers et quelques bambous placés en travers et en aval afin de retenir l'eau du bassin, sa première action était de plonger le bras dans l'eau pour prendre une pierre près de l'un des trois rochers. Et, aussitôt il s'activait à frotter le haut de sa cuisse gauche avec la pierre sans jamais ôter ni relever la jambe de son short. Et à chaque fois qu'il observait le garçon, l'idée de man Prisca lui revenait à l'esprit. Et une fois qu'il avait assez longuement frotté le haut de sa cuisse gauche, le garçon se savonnait tout le corps et faisait mousser le savon avant de s'immerger complètement dans l'eau pour se rincer et ensuite il abandonnait le ruisseau. Si le garçon plus âgé ne lui semblait d'aucun intérêt, par contre il avait focalisé son intérêt et son attention sur le second qu'il pensait être le Mandai, l'enfant maudit des tamoul. Et il était à présent convaincu des informations de man Prisca au sujet de ces tamouls et sur lesquelles il gardait de nombreux et sérieux doutes qui lui parvenaient dans toutes leurs véridicités. Il était présent aussi convaincu que man Prisca ne lui avait pas menti. Qu'elle n'était pas non plus une complice visible de Zapateck pour connaître aussi bien et dans ses moindres détails l'histoire de ces tamouls de l’Étoile. Depuis, en observant matin et soir la baignade du jeune tamoule, l'envie lui brûlait de prendre son morceau de savon et sa serviette de toilette et se précipité dans le ruisseau prendre son bain au côté du jeune tamoul. Mais à chaque fois il avait su contenir les risques que sa curiosité pouvait lui faire prendre s'il venait à accentuer le doute des tamouls qui avec certitude n'y croyaient pas du tout à ses mensonges au sujet de sa vraie identité. Environ un mois plus tard après qu'il se soit installé à l’Étoile au côté de ses ennemis tamouls, il n'avait encore rien tenté qui puisse compromettre la bonne intelligence dans laquelle il vivait au côté de ses voisins tamouls. Et comme il connaissait parfaitement le sale caractère et la haine de Indrad'Indra. Et comme beaucoup de gens se sentant posséder par le diable n'arrêtaient pas d'affluer en grand nombre dans sa case, il avait fabriqué une nouvelle pancarte sur laquelle il avait écrit:
"FERME DU DIMANCHE SOIR 18H00
AU MERCREDI MATIN 06H00."
Il avait fixé cette nouvelle pancarte sous l'ancienne sur le tronc du poirier car il tenait à garder ces deux jours pour battre la campagne à chercher toute sorte de feuillage et de racine pour ses onguents et ses tisanes qu'il donnait à ses patients. Souvent il rentrait assez tard dans la nuit car après avoir passé la journée entière à la recherche des plantes médicinales, il faisait un détour à Ladorcey où il dînait avec son vieil oncle Julius aussi muet qu'une tombe et son cousin Antonin. La journée du mardi était réservée au triage des racines et des feuilles et à la fabrication de ses onguents et tisanes. Et ce mardi-là précisément il était assis dans sa véranda et occupé au triage de ses feuillages et de racines, et il était dans les environs de 16h30 quand il fut interpeller par le vieux tamoul debout dans l'ombre de ses manguiers. Il fut très surpris car c'était la première fois depuis plus d'un mois qu'il le voyait quitter son petit banc et l'ombre de sa véranda et qui plus est sans aucune pierre dans les mains. Il était venu l'inviter à venir boire un petit punch avec lui dans sa véranda. - Comment Indra va-t-il prendre votre invitation, monsieur Aldéphonce ? Lui dit-il. - Monsieur Hildevert, je suis encore debout solidement et encore bien vivant sur mes deux vieilles jambes, car Zapateck n'est pas encore venu me dire le sort je le sais, il me réserve au fond de cette falaise. Lui avait dit le vieux tamoul avant qu'il s'en retourna dans sa véranda à l'attendre. Cette révélation soudaine du vieux tamoul fit glacer le sang d'Adrien. Une autre grande surprise l'attendait lorsqu'il alla rejoindre le vieux tamoul dans sa véranda pour boire le punch. Car ce n'était pas la vieille Albrijeanne qui était sortie de la cuisine avec le grand plateau dans les mains, mais jeune tamoule qui devait être âgée d'au moins vingt-deux ans. Non seulement la jeune tamoule était très belle, mais son dos était entièrement recouvert de son abondant et long cheveux noir ondulé qui s'arrêtait jusqu'au bas de ses fesses. Le vieux tamoul ne lui avait pas présenté la jeune tamoule comme il l'avait fait avec sa femme Albrijeanne le dimanche matin de leur première rencontre. Mais tandis qu'ils étaient assis-là depuis un long et moment à siroter leur petit punch, que le vieux tamoul interrompit le silence par un, hum! - "Monsieur Hildevert, hum,hum, vous ne pourrez jamais, monsieur Hildevert, hum, vous imaginez le degré de méchanceté et tout ce que nous avons eu et que nous souffrons par ces nègres marron ici à l’Étoile. Qu'ils tombent malade, c'est la faute à ce vieux tamoul. Qu'ils aient un accident et se cassent un bras ou une jambes, c'est aussi la faute au vieux tamoul. Enfin, tout ce qui peuvent les arriver de mauvais est la faute au tjembwa sort du vieux tamoul de l’Étoile." Le vieux tamoul arrosa sa gorge d'une gorgée de son petit punch et racla le fond de sa gorge, hum, hum, à présent monsieur Hildevert, je vais vous conter cette petite histoire et vous comprendrez à quel point ces nègres marron me méprise sans aucun ménagement: " Il y a, hum, un peu plus de vingt-deux ans de cela, vivait dans une case qui était située à environ cent cinquante mètres en contrebas de la votre et proche de la ravine, une jeune femme prénommée Alexia. Bien qu'elle fut très belle, elle vivait toute seule et sans vrai mari et sans enfant dans sa case. Et il arriva qu'un dimanche après-midi de fête à Sainte-Marie, Alexia était revenue à sa case accompagnée d'un certain Kalambin. Et, ce nègre marron de Kalambin qui avait la peau aussi noire que le trou du cul du diable et qui avait la réputation d'ouvrir à la vitesse d'un éclair, le ventre de ses adversaires avec son rasoir... enfin bref. Cela dit, ces deux-là avaient passés les restant de ce dimanche après-midi à koké faire l'amour dans sa case. Quoi qu'il en soit, la belle Alexia que toutes les femmes disaient bwaren stérile s'était retrouvé en situation enceinte après son après-midi de sexe avec ce Kalambin. Et neuf mois plus tard elle mit au monde un petit garçon difforme. Car l'enfant avait toute petite tête et ressemblait à une tortue. La ressemblance avec l'animal était si frappante que tout le monde et man Méanice l'accoucheuse qui était montée ici sur le dos de Petite Matin sa vieille mule pour l'accoucher lui avait affublé de ce surnom de Ti-Tette. Et lorsque une quinzaine d'années plus tard, Edmond, comme Alexia sa mère l'avait prénommé était descendu à l'anse du fou avec des petits camarades qui n'avaient aucune honte de s'afficher avec lui et que la tortue se noya ce jour-là, toute la communauté des nègres marron colla cette noyade sur le dos du tjebwa du vieux tamoul de l’Étoile. Eh, ce n'est pas tout, monsieur Hildevert, dit-il avant de s'arrêter pour boire une nouvelle gorgée dans son verre de petit punch. Hum, car pis encore, monsieur Hildevert, car cette fameuse histoire ne s'arrête pas là. Alors que croyez-vous, monsieur Hildevert, que cette marronne avait inventé comme histoire pour excuser son ventre de lui avoir fabriqué et lui donné son petit monstre?... Vous ne le devinerez jamais, monsieur Hildevert, mais moi, je vais vous conter ce que cette négresse contait à toute ces femmes qui se moquaient d'elle et de son fils. Eh bien, cette marronne leurs conta : " Qu'une nuit de pleine lune et de grosse chaleur qu'elle n'arrivait pas à dormir dans son lit, elle s'était levée, elle avait pris un drap et elle était aller s'allonger dans sa véranda. Et comme elle avait encore trop chaud dans sa véranda, l'idée lui était venue de prendre son drap et de monter là-haut s'installer sous les branches d'un poirier et profiter du vent de l'alizé. Mais, à peine avait-elle étendu son drap entre deux grosses racines au-dessus du sol du poirier que l'une de ses branches s'illumina d'une grosse lumière blanche par-dessus sa tête et à l'intérieur de cette grosse lumière blanche, elle avait vu apparaître le visage du vieux tamoul et, que depuis cette nuit-là elle n'avait pas revu ses règles." Voila comment, monsieur Hildevert, cette négresse marronne m'avait affublé de la paternité de son petit monstre. Et comment pouvez-vous ne pas avoir de la haine vis-à-vis de ces nègres marron, monsieur Hildevert ? Je vous souhaite de passer une bonne nuit, monsieur Hildevert, lui avait dit le vieux tamoul. Adrien retourna à sa case, avec l'intime conviction que les choses commençaient à bouger dans la tête des tamouls. Et il était convaincu que sa tactique du silence et ne rien faire pour contrarier leur susceptibilité était la meilleure qui soit. Et environ une demi heure plus tard, il était à finir de ranger ses feuillages et ses racines dans la cuisine, quand il entendit un chien aboyé derrière son dos et le fit sursauter. Car outre qu'il était à rassembler ses feuillages et ses racines il pensait à la jeune tamoule et les paroles que lui avait dîtes man Prisca avant son départ de Ladorcey : " Chez les tamouls de l’Étoile, il n'y a point que sous le drap que le diable se cache et y demeure." Il se retourna, mais contrairement à se qu'il pensait c'était le fameux Nuito le Somnambule qui était debout à aboyer tel chien derrière son dos. Et tandis qu'il terminait de ramasser ses feuillages et ses racines que le fameux Nuito se mit à lui aboyer ses malheurs : " Monsieur Hildevert, je ne peux pas vous décrire toutes mes souffrances que je dois endurer après que ce chien que ce scélérat de tjebwazeur a mis dans mon ventre, et surtout lorsque ce chien a fini de faire ses besoins et qu'il se met à gratter avec ses pattes de derrière dans mon boyau pour recouvrir sa merde ce qui m'oblige à aboyer tellement que j'aie mal dans mon ventre, monsieur Hildevert." lui avait dit ce fameux Nuito son regard tourné dans la direction de la grande case des tamouls. Et comme il était déjà 20h00, Adrien donna une poignée de feuillage à Nuito et lui dit de faire une tisane et revenir le voir le lendemain matin. Et, après le départ de Nuito qui continuait à aboyer tout en dégringolant la trace, Adrien fut pris de fou rire et n'arrêtait pas d'aller et venir d'un coin à l'autre de sa véranda. Il ne savait même pas comment et pourquoi ce fou rire lui était venu et il s'était rappeler de ce même fou rire qui l'avait pris le jour qu'il avait vu arriver dans sa salle d'attente ce cher monsieur Julien qui était venu le voir et lui expliquait en langage du dindon qu'il était, comment sa fiancée, sa chère et tendre Sidonie, l'avait plaqué la veille de leur mariage pour épouser plus tard ce malade mental de Théodile. Et il ne pouvait plus s'arrêter de rire durant un bon quart d'heure.
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